lundi 25 septembre 2017

Marie-Odile Goulet-Cazé : Le cynisme, une philosophie antique

Vrin - Juillet 2017 - Textes et traditions


Les dix-huit études, dont deux inédites, rassemblées dans le présent ouvrage sont le résultat de quarante années de recherche sur le cynisme ancien. Elles complètent les trois monographies que l’auteur a consacrées à ce mouvement : L’ascèse cynique(1986), Les Kynika du stoïcisme (2003), Cynisme et christianisme dans l’Antiquité (2014), et les deux ouvrages collectifs qu’elle a codirigés sur le sujet : Le cynisme ancien et ses prolongements, avec Richard Goulet en 1993, et The Cynics. The Cynic Movement in Antiquity and its Legacy, avec Robert Bracht Branham en 1996.
C’est l’ensemble du cynisme comme tradition philosophique influente et contestée, de ses origines à la fin de l’Antiquité, qu’un éclairage tout à la fois philologique, historique, prosopographique et philosophique tente de mettre en perspective dans le cadre de la société antique et de restituer dans sa cohérence, tout en le mettant en relation avec les autres mouvements de pensée contemporains.
La documentation est immense et très dispersée, les points d’interrogation sont nombreux. Qui a lancé ce mouvement? Pourquoi a-t-on voulu lui refuser le statut d’hairesis philosophique et le réduire à un mode de vie? Comment rendre compte des traits scandaleux de la fameuse République de Diogène qui aurait inspiré les premiers Stoïciens? Quels points de rapprochement et quels points d’opposition ont déterminé les relations tumultueuses et complexes que le cynisme a entretenues avec le stoïcisme et avec le christianisme?
De ces études il ressort que le cynisme, refusant toute dogmatique et se revendiquant comme une philosophie des actes, apparaît comme la grande philosophie populaire de l’Antiquité.

Marie-Odile Goulet-Cazé est directrice de recherche émérite au CNRS. Elle a travaillé sur le cynisme, le stoïcisme et le néoplatonisme anciens.

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Christian Ruby : Devenir spectateur ?

De l'Attribut - Septembre 2017


Qu est-ce qu'un spectateur ? Naît-on spectateur ? Quel spectateur devient-on face à une oeuvre d'art ou un spectacle ? Catégorisé dans les études, sollicité par les publicitaires, compté par les subventionneurs, le spectateur est resté trop longtemps un objet de pensée secondaire. Auteur de plusieurs ouvrages sur un sujet dont il est l un des penseurs les plus accomplis, Christian Ruby établit ici une théorie du spectateur, philosophique et politique. Il déconstruit le préjugé selon lequel on serait spectateur « par nature ». Le concept lui-même est d ailleurs daté et contextualisé : l'Occident moderne et contemporain ; cette figure est absente des cultures extra-européennes ou a été importée sous la colonisation. Comment l'oeuvre me fait-elle spectateur et quel spectateur veux-je devenir?

Philosophe, formateur de médiateurs culturels, Christian Ruby est l'auteur de nombreux ouvrages, dont un Abécédaire des arts et de la culture (dernièrement, chez le même éditeur) et plusieurs essais sur le concept de spectateur. Il a notamment travaillé sur l'oeuvre de Jacques Rancière, co-dirige la revue Raison présente et collabore régulièrement aux sites Le Spectateur européen et Nonfiction.

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André Hirt : Chantier Faustus. Thomas Mann et le roman de l’époque

Kimé - Septembre 2017


La culture est-elle devenue folle et la musique est-elle coupable ? Dans Le Docteur Faustus, ce roman rédigé pendant l’exil en Californie entre 1943 et 1947, Thomas Mann rapporte la biographie d’un compositeur imaginaire, Adrian Leverkühn, qui, pour se doter du pouvoir de la création et opérer une percée supérieure dans le domaine de l’art, accepte un Pacte avec le Diable. À la vérité, ce Pacte fut déjà réellement conclu par la culture (la Kultur) et la musique allemandes depuis l’origine et il aboutit à la catastrophe nazie. Face à cette folie et à cette contradiction de la culture qui se manifeste comme barbarie, c’est alors toute la civilisation européenne qui est ébranlée.
Il fallait donc étudier l’Allemagne et les Allemands pour dégager l’identité ambiguë de la musique ; il fallait reconsidérer la figure de Nietzsche, un des modèles pour le personnage d’Adrian, afin d’évaluer la responsabilité de la pensée dans la catastrophe ; il fallait, en somme, avec Thomas Mann qui devient dans ce roman, à une hauteur insoupçonnée, philosophe, penseur et, avec l’aide et le conseil d’Adorno, musicologue, faire d’une part l’état des lieux en matière de culture et de civilisation, de génie et de création, et d’autre part ouvrir le « Chantier Faustus », ce programme de pensée qui est encore et plus que jamais le nôtre.
Si ce Chantier n’a pas vraiment évolué depuis la parution du roman, c’est qu’il nous met en demeure de trouver, grâce à la lucidité de Thomas Mann, à celle de quelques autres aussi qui sont convoqués ici (dont Valéry qui écrit au même moment un Mon Faust), une solution aux apories si paradoxales et à vif de l’Histoire avec l’espoir d’entrevoir, peut-être, dans le son qui s’éloigne d’un violoncelle, une « clarté dans la nuit ».

André Hirt enseigne la Philosophie en khâgne au Lycée Faidherbe de Lille. Il a publié de nombreux ouvrages aux éditions Kimé, entre autres sur Glenn Gould, Baudelaire, Descartes, Kleist, Karl Kraus, Robert Musil et Philippe Lacoue-Labarthe.

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dimanche 24 septembre 2017

Arnaud Tomès et Philippe Caumières : Pour l'autonomie. La pensée politique de Castoriadis

L'Echappée - Septembre 2017


Venu du marxisme, dont il a constaté très tôt les impasses, Cornelius Castoriadis a voulu réinventer la révolution. Selon lui, la modernité voit s’affronter deux projets de société : celui d’une maîtrise rationnelle du réel et celui d’une autonomie de toutes et de tous. Le premier a donné des résultats désastreux en engendrant le règne de la technique et de l’économie. Le second reste encore à construire pour qu’advienne une société vraiment démocratique dans laquelle le peuple se gouverne lui-même, se passant de toute classe dirigeante.
Castoriadis a mis en lumière les origines de ce projet d’autonomie qui remontent à la Grèce antique. Il en a analysé les expressions modernes, de la révolution russe de 1917 aux révoltes des années 1960. Mais surtout, il en a examiné les conditions pour que se développe une politique émancipatrice aujourd’hui : auto-organisation des luttes, pratique de l’égalité et sens des limites.
Ce projet d’autonomie n’est pas un programme clés en main. Il est un imaginaire autant qu’une expérience. Il est un horizon, celui d’une société consciente du fait que le pouvoir est l’affaire de tous. C’est cette réflexion multiforme et souvent complexe que présente et questionne ce livre qui offre pour la première fois une synthèse claire, accessible et percutante de la pensée politique de Castoriadis.

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Edouard Schaelchli : Ellul l'intraitable

Lemieux Editeur - Septembre 2017


Se plonger dans ­l'oeuvre et la vie de Jacques Ellul, c'est emprunter mille chemins : aborder le résistant et le Juste, le ­compagnon de route de la décroissance, le porteur ­d'une ambition critique radicale qui impressionnèrent Bernanos et Debord, mais aussi le protestant ­converti et ­s'inventant un christianisme très particulier, le " rhinocéros intellectuel " qui fonce sur tout ce qui bouge, le pessimiste résolu dans une société qui veut le Bien à tout prix. Mais aussi le duo intellectuel et virtuose formé avec Bernard Charbonneau et celui, théologien, formé avec Jean Bosc. Edouard Schalchli campe (et discute) le portrait – surtout pas ­l'hagiographie – de ­l'un des philosophes les plus impressionnants du XXe siècle. Et surtout ­s'interroge : ­comment être ellulien après Jacques Ellul ?

Edouard Schaelchli (né en 1964) a été enseignant puis berger avant de se lancer dans une thèse sur la pensée politique de Giono. Membre de la Société internationale des amis de Jacques Ellul, militant de la décroissance, il envisage de déserter à nouveau.

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Nicholas Carr : Remplacer l'humain. Critique de l'automatisation de la société

L'Echappée - Septembre 2017 - Collection : Pour en finir avec


Les systèmes automatisés ont envahi notre quotidien via les applications pour smartphone, les GPS, les objets connectés, les robots ou drones domestiques – et bientôt les voitures sans conducteur. Chaque jour plus innovantes, ces technologies se proposent de soulager notre esprit, de nous épargner des efforts inutiles et de supprimer frictions et ralentissements dans nos vies.
Censés alléger le travail des ouvriers et accroître les gains de productivité, l'automatisation a été introduite dans les manufactures pendant la révolution industrielle. Grâce à l'irrésistible essor de la robotique et de l'informatique, elle n’a cessé de se développer, d’abord dans l’industrie puis dans tous les domaines : aviation, finance, architecture, design, ressources humaines, médecine, justice, enseignement...
En s’appuyant sur des exemples concrets et des études scientifiques diverses, Nicholas Carr démontre que notre dépendance accrue aux systèmes automatisés n'est pas sans danger. En faisant de moins en moins appel à nos sens, à notre expérience et à nos facultés intellectuelles, nous risquons de perdre notre autonomie, nos savoir-faire et notre pouvoir de décision. C'est pourquoi il est urgent de nous opposer à l’automatisation intégrale de la société et de remettre en question le primat de la technologie sur l’humain.

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samedi 23 septembre 2017

Hannah Arendt : Humanité et terreur

Payot - Septembre 2017


Le charisme de Hitler ; l'art de terroriser les populations ; la responsabilité politique ; la destruction de la culture allemande ; le nationalisme et le fascisme ; l'"espace vide" dans lequel nous a laissés la Grande Guerre ; la pensée totalitaire ; la manière dont certains journalistes, historiens ou poètes, sont les gardiens de la vérité des faits : ce nouveau recueil de la grande philosophe, dont certains textes sont inédits en français, complète La Philosophie de l'existence et manifeste, à chaque page, ce qui l'anima toute sa vie : la passion de comprendre.

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Éric Hoppenot, Michel Olivier et Joëlle Hansel (dirs.) : Totalité et infini. Une oeuvre de ruptures

Editions Manucius - Septembre 2017 - Collection : Les Aldes


Totalité et infini (1961), œuvre majeure d’Emmanuel Levinas, est l’exposé de l’éthique de l’altérité qui a fait de lui l’une des figures les plus marquantes de la philosophie du XXe siècle. Dans la trace de lectures multiples (Husserl, Heidegger, Descartes, Platon ou encore Rosenzweig), il y déploie une philosophie éthique qui se départit de tout fondement ontologique. Si Totalité et infini est bien une «œuvre de ruptures», c’est qu’elle se donne pour projet de rompre avec l’histoire de la philosophie qui donne le primat au même et à la totalité. Penser l’existence, l’advenue au monde et sa signification, à partir de la présence d’autrui, tel est l’ambitieux projet d’Emmanuel Levinas. Ne plus inscrire le «Je» comme fondement de la pensée, tel est son geste révolutionnaire.
La relance du motif fondamental de l’«il y a», les gestes de rupture avec la figure de la totalité et certaines traditions de la phénoménologie, de l’épistémologie, voire de la philosophie analytique, l’actualité de l’œuvre et l’apport pratique de Totalité et infini à l’interprétation du monde contemporain (justice, politique, éducation), le dialogue entre Totalité et infini et des pensées qui ont nourri ou qui ont croisé certains motifs de la pensée de Levinas – Henri Bergson, René Girard, Maurice Blanchot: tels sont les enjeux explorés dans ce livre.

Avec les contributions de : Flora Bastiani, Benoît Chantre, Hugues Choplin, François Coppens, Pascal Delhom, Corinne Enaudeau, Arnaud François, Miguel García Baró, Georges Hansel, Joëlle Hansel, éric Hoppenot, Malgorzata Kowalska, Yasuhiko Murakami, Michel Olivier, Jean-François Rey, Jean-Michel Salanskis.

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vendredi 22 septembre 2017

Peter Trawny : Heidegger, une introduction critique

Le Seuil - Septembre 2017


C'est à Peter Trawny que nous devons la publication internationale de Heidegger et l'antisémitisme, où il commentait et mettait en perspective certains passages des Cahiers noirs. Documentant rigoureusement ces passages désastreux, il lançait un débat mondial sur la nécessité d'une réinterprétation d'ensemble de la pensée de Heidegger, qui est loin d'être clos.

Pour autant, Trawny se refuse à en conclure que Heidegger devrait cesser d'être considéré comme un philosophe, et lu entièrement au prisme de cette imprégnation par l'antisémitisme, dont son œuvre publiée ne portait jusqu'alors pas trace. L'auteur d'Être et temps doit continuer d'être lu et commenté en tant que tel. C'est ce qu'entreprend cette " introduction critique " à sa pensée, par celui qui a édité une dizaine des derniers volumes des Œuvres complètes en allemand et qui est sans doute un de ses meilleurs connaisseurs " de l'intérieur ". L'intérêt, pour le lecteur français, est d'autant plus grand qu'un certain nombre de ces volumes encore non traduits, avant même les Cahiers noirs et leur millier de pages, contiennent un matériau philosophique et parfois politique très dense et complexe, qui est largement en attente de sa réception en France.

Le livre s'articule autour de quatre grandes thématiques qui ont occupé le travail de Heidegger : " la facticité de la vie ", " le sens de l'être ", " l'histoire de l'être ", enfin " l'essence de la technique ". Un dernier moment, conclusif, détaille quelques " effets " et influences de cette pensée, dont on mesure aujourd'hui le degré d'égarement politique, mais qui reste un monument de la philosophie du XXe siècle, auquel il faut se confronter.

Spécialiste de la philosophie de Heidegger, Peter Trawny (né en 1964) préside l'Institut Martin Heidegger de l'Université de Wuppertal. On lui doit, outre ses travaux académiques, d'avoir dirigé la publication des Cahiers noirs. Son ouvrage Heidegger et l'antisémitisme a été publié au Seuil en 2014.

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jeudi 21 septembre 2017

Bruno Giuliani : Le bonheur avec Spinoza. L'Ethique reformulée pour notre temps

Almora - Septembre 2017


Spinoza est peut-être le plus grand philosophe de l′Occident, mais il est si difficile à lire que très peu arrivent à le comprendre. 
Voici son Éthique rendue enfin accessible à tous dans une version simplifiée et modernisée enrichie de précieuses explications et de nombreux exemples. 
Reformulant l′Éthique dans le sens des sagesses non-duelles, Bruno Giuliani met en lumière l′intuition la plus révolutionnaire de l′oeuvre, souvent incomprise de ses lecteurs, à savoir que le véritable sens de Dieu - c′est-à-dire la nature - est en réalité la Vie. Accompagnant le lecteur tout au long de l′ascension spirituelle qui va de la souffrance de l′ignorant à la liberté du sage, il montre comment se libérer des illusions de la morale et s′éveiller à la grâce de l′amour par la seule compréhension de la vérité. 
L′Éthique apparaît alors clairement pour ce qu′elle est : une extraordinaire pédagogie du bonheur dont la méthode est la thérapie de l′affectivité par l′éveil de notre intuition. Plus nous comprenons nos affects comme des expressions nécessaires de la Vie, plus nos passions se transforment en vertus et plus nous devenons libres, aimants et heureux, jusqu′à la plus haute béatitude. 
Une invitation magistrale à éveiller notre coeur à l′unique source du bonheur - et au sens même de l′existence : la culture de la joie. 

Professeur agrégé et docteur en philosophie de Nice Sophia Antipolis, Bruno Giuliani a enseigné pendant vingt ans en lycée et à l'université tout en animant de nombreux ateliers philo pour enfants et adultes. 
Il est aujourd'hui l'un des directeurs pédagogiques de la Fondation SEVE (Savoir Être et Vivre Ensemble), créée par Frédéric Lenoir, qu a pour mission de soutenir les projets qui, à travers la réflexion philosophique, la pratique de l'attention, l'activité ludique ou artistique œuvrent pour mieux préparer les enfants et les jeunes à devenir des citoyens confiants, actifs et respectueux du vivant​ : http://fondationseve.org

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Nicolas Poirier : Canetti. Les métamorphoses contre la puissance

Michalon Editeur - Octobre 2017


Romancier, dramaturge, anthropologue, essayiste et moraliste, prix Nobel de littérature en 1981, Elias Canetti est un écrivain inclassable, rétif aux dogmes comme aux idéologies, qui a tout fait pour ne pas s'ériger en maître. Hostile aux systèmes de pensée à vocation totalisante, la pensée de Canetti peut sembler, à première vue, assez déroutante, tant il est difficile d'en identifier la forme unitaire qui lui confère d'emblée sa signification. Pourtant, si ses motifs sont indéniablement pluriels, l'oeuvre de Canetti n'en reste pas moins portée par le souci de donner tout son sens à la possibilité pour les hommes de résister, en se jouant notamment des identités figées, à un pouvoir ayant besoin d'infliger la mort pour s'exercer.
Le livre de Nicolas Poirier privilégie l'aspect plus directement politique de l'oeuvre de Canetti : à partir principalement de l'anthropologie de la culture élaborée par Canetti dans "Masse et puissance", son unique ouvrage théorique, il se donne pour objet de faire ressortir les thématiques et problématiques saillantes de la réflexion menée par Canetti concernant notamment le pouvoir et son lien avec la mort, mais aussi plus largement la capacité humaine de faire communauté sans succomber aux pathologies qui enferment l'homme dans une identité qu'il prétend exclusive.

Docteur en science politique, Nicolas Poirier est enseignant et chercheur en philosophie, rattaché au laboratoire Sophiapol de l'université Paris-Ouest Nanterre-La Défense. Il a notamment publié L'ontologie politique de Castoriadis en 2011 aux éditions Payot.

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Thomas Seguin : Politiques de la vie. La Nature au prisme du social

Editions L'Harmattan - Juillet 2017 - Collection : Logiques sociales


La définition de la nature de la vie, ainsi que de sa physionomie, est, en quelque sorte, l'objet même du politique et de sa décision. Si une société sait comprendre et respecter la vie en elle-même, elle saura établir un rapport compréhensif et équilibré avec les entités naturelles. La vie prise ainsi dans sa saisie intégrale induit l'élaboration d'une physique sociale qui pense les conditions de l'harmonie sociale ainsi que celles d'une société vivante.

INTRODUCTION
Sociologie et biologie
La crise écologique
L'anthropologie politique
L'ORIGINE, L’ÉTAT DE NATURE ET LA COMMUNAUTÉ
L'immun de l'identité 
La souveraineté comme pulsion
L'étranger et la différence
TEMPS, RYTHMES ET ADAPTATIONS
Biopolitique négative
La rationalité économique
L'homo oeconomicus
Biopolitique positive 
Physiologie sociale
Dispositif anthropologique 
Accommodation réciproque
Métronomie
LA VIE ET LA MORT, ENTRE LE CLOS ET L'OUVERT
Le maintien de l'énergie
L'espace libre de l'imagination
L'ouverture continue du symbolique
La pensée et le corps
Le rôle des passions
L'AFFECT, LA MÉMOIRE ET LE RÉCIT
Ontologie et politique
L'affect comme fondation
Le travail de la représentation
L'anamnèse de la mémoire
LE DÉSIR, LES CHAMPS ET LA PRODUCTION
La nature du champs social
Les régimes d'organisation
La philosophie de l'émancipation
LA CORPORÉITÉ, FRAGMENTS DE PHYSIQUE SOCIALE
Le sujet et le milieu
L'éthique du rapport : la valence écologique
Puissance d'agir et citoyenneté
L'organisation énergétique des corps
De l'individu au groupe : les résonances
CONCLUSION
Parcours socio-constructiviste
Politique écologique
Perspectives de développement

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mardi 19 septembre 2017

Sylvie Lindeperg et Ania Szczepanska : A qui appartiennent les images ?

Msh Paris - Septembre 2017 - Collection : Interventions


Dans nos sociétés « iconophages », l'attrait pour les archives audiovisuelles s'accroît, menaçant parfois l'intégrité des images qui façonnent notre mémoire et nos imaginaires du passé. Leur importance est cruciale et pourtant elles ne bénéficient pas d un statut équivalent à celui des archives écrites ; elles ne profitent pas non plus pleinement des protections accordées aux oeuvres d'art. Parallèlement, la révolution numérique modifie en profondeur les conditions d'accès, de circulation et de reproduction des images, posant de constants défis aux institutions chargées d'en assurer la conservation et la communication. Ainsi, les usages des images d'archives soulèvent des questions politiques et éthiques tandis que leurs coûts freinent l'expérimentation de formes plus innovantes d'écriture de l'histoire dans le cadre de dispositifs pédagogiques et scientifiques. Parce qu'elles sont entrelacées, ces questions nécessitent une réflexion de fond associant historiens, juristes, philosophes, conservateurs, cinéastes, producteurs... Le présent ouvrage se propose d'amorcer ce dialogue nécessaire en dépliant les questions liées à la conservation, à l interprétation, à la circulation et aux usages des images d archives.

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Marie José Mondzain : Confiscation. Des mots, des images et du temps

Les Liens qui libèrent - Septembre 2017


Ne faut-il pas rendre au terme « radicalité » sa beauté virulente et son énergie politique ? Tout est fait aujourd'hui pour identifier la radicalité aux gestes les plus meurtriers et aux opinions les plus asservies. La voici réduite à ne désigner que les convictions doctrinales et les stratégies d'endoctrinement. La radicalité, au contraire, fait appel au courage des ruptures constructives et à l'imagination la plus créatrice. La véritable urgence est bien pour nous celle du combat contre la confiscation des mots, celle des images, et du temps. Les mots les plus menacés sont ceux que la langue du flux mondial de la communication verbale et iconique fait peu à peu disparaître après leur avoir fait subir torsion sur torsion afin de les plier à la loi du marché. Peu à peu c'est la capacité d'agir qui est anéantie par ces confiscations mêmes, qui veulent anéantir toute énergie transformatrice. Si ces propositions font penser que je crois dans la force révolutionnaire de la radicalité, on ne s'y trompe- ra pas, à condition de consentir à ce que la révolution ne peut exister qu'au présent. La lutte n'est et ne sera jamais finale, car c'est à chaque instant que nous sommes tenus d'être les hôtes de l'étrange et de l'étranger pour faire advenir ce qu'on nous demande justement de ne plus attendre et même de repousser. La radicalité n'est pas un programme, c'est, la figure de notre accueil face à tout ce qui arrive et ainsi continue de nous arriver.

Marie José Mondzain est philosophe, directrice émérite au CNRS, spécialiste du rapport à l'image. Son travail se prolonge dans le champ politique. Elle a publié entre autres Image, icône, économie... (Seuil), Le commerce des regards (Seuil), Homo spectator (Bayard) ou Qu'est-ce que tu vois ? (Gallimard).

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vendredi 15 septembre 2017

Jean-Noël Duhot : L'énigme platonicienne

Kimé - Septembre 2017


La question platonicienne est traversée par une énigme qui défie les interprètes depuis les travaux de Léon Robin, qui datent de plus d'un siècle. Platon a-t-il élaboré une doctrine, ou sa pensée est-elle tout entière contenue dans les dialogues ? Autrement dit, y a-t-il un enseignement secret de Platon qui n'apparaîtrait pas dans son oeuvre écrite ? Le témoignage des doxographes, à commencer par Aristote, laisse entendre que Platon a bien enseigné une doctrine, mais comment expliquer le silence des dialogues ? Analysant l'étrange passage du Timée qui s'articule sur la gamme pythagoricienne, J.-J. Duhot, qui a aussi été musicien professionnel, en a décrypté la clef, qui avait échappé à tous les interprètes : le Même code l'octave, soit le rapport 2, et l'Autre code la quinte, soit le rapport 3/2. Cette clef, indiscutable en elle-même, comme le démontre J.-J. Duhot, permet d'établir la grille de lecture qui éclaire toutes les obscurités du passage. On a donc là une double équivalence, entre métaphysique (Même et Autre), acoustique (octave et quinte), et mathématiques (construction arithmétique de la gamme). J.-J. Duhot montre que c'est la matrice sur laquelle Platon construit son oeuvre et met en place le postulat de mathématicité du monde, qui sera la base de toute la science moderne, à partir de Galilée. La gamme du Timée offre un modèle mathématique, la division de 2 en produits de facteurs dans un système logarithmique, qui résout (métaphoriquement) les problèmes de l'un et du multiple. On voit ainsi apparaître un « cycle éléatique » dans lequel, au fil des dialogues, Parménide, Théétète, Sophiste et Politique, se met en place une véritable doctrine platonicienne. Doctrine secrète qui s'offre au lecteur qui sait en décrypter le code.

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Alain Deneault : Le Totalitarisme pervers. D’une multinationale au pouvoir

Rue de l'échiquier - Septembre 2017


















Peut-on parler de « totalitarisme » quand il s’agit de nommer le pouvoir des multinationales tel qu’il s’est construit et imposé depuis le début du XXe siècle ?
Alors que la pratique politique moderne voudrait que les sujets d’une collectivité obéissent aux lois, non aux puissants, on assiste à un renversement pervers : ce sont les multinationales, aujourd’hui, qui soumettent la délibération des assemblées politiques à d’autres « lois », leurs lois, qu’elles s’assurent de rendre efficaces : la « loi » du marché, la « loi » de la concurrence, la « loi » universelle de l’offre et de la demande.
Ce livre étudie la façon dont les pétrolières, imitées en cela par des multinationales d’autres secteurs, se constituent telles des autorités souveraines de nature privée. L’entreprise Total est en la matière un cas d’école. Se présenter comme la « huitième des Sept Soeurs », en référence aux majors du pétrole, et se dire « total » pour bien marquer cette prétention, c’était, au milieu du XXe siècle, chercher à s’imposer à son tour dans un ordre où les sociétés multinationales se développaient indépendamment des États qui les avaient créées, à la manière d’un Frankenstein.

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Joel Kaye : Histoire de l'équilibre (1250-1375). L’apparition d’un nouveau modèle d’équilibre et son impact sur la pensée

Les Belles Lettres - Septembre 2017


Les mouvements du monde peuvent-ils se régler d’eux-mêmes et produire leur propre stabilité bien équilibrée ? Les choses s’arrangent-elles toutes seules ?
Ce rêve de toujours, constamment mis en déroute et retrouvé, a connu en Occident latin, pendant plus d’un siècle, (1250-1375) une vogue intense et a même produit un modèle unitaire et ambitieux qui affectait la pensée économique scolastique, la doctrine politique, le savoir médical et la philosophie naturelle. Les penseurs les plus aigus et les plus novateurs de l’époque ont montré le fonctionnement et surtout les immenses possibilités offertes par ce modèle, qui a entraîné de capitales orientations nouvelles. 
C’est ce qu’a découvert Joel Kaye dans ce très grand livre, qui réussit à être fort lisible et d’une érudition ébouriffante et qui nous fait saisir les séductions encore actuelles de ce beau mirage. 
Ce livre a été couronné en 2017 par la médaille Haskins (Medieval Academy of America) et a obtenu le prix Jacques Barzun (American Philosophical Society).(2016-12-21)

Joel Kaye est professeur au département d’histoire de Barnard College, à l’université Columbia de New York. Parmi ses dernières publications, Economy and Nature in the Fourteenth Century: Money, Market Exchange, and the Emergence of Scientific Thought (Cambridge University Press, 1998).

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jeudi 14 septembre 2017

Axel Honneth : L'idée du socialisme

Gallimard - Septembre 2017 - NRF Essais


Nos sociétés sont travaillées par une contradiction étonnante et inexplicable : jamais autant de gens n'ont simultanément dénoncé les conséquences sociales et politiques générées par la mondialisation ; jamais autant de gens n'ont été incapables de dépasser l'état de choses existant et d'imaginer un état social innovant au-delà du capitalisme. Cette dissociation de l'indignation d'avec tout objectif d'avenir est quelque chose de nouveau dans l'histoire de la modernité. Les processus socio-économiques apparaissent désormais bien trop complexes, voire totalement opaques à la conscience publique pour que soient jugées possibles des interventions humaines ciblées. La célèbre analyse du fétichisme développée par Marx dans le Capital ne prend qu'aujourd'hui son sens historique : ce n'est pas dans le passé du capitalisme, lorsque le mouvement ouvrier imaginait encore pouvoir transformer la situation donnée, mais seulement de nos jours que triomphe la conviction générale selon laquelle les relations sociales sont aussi peu transformables dans leur substance que le sont les choses extérieures. Si l'indignation générale suscitée par la répartition scandaleuse de la richesse et du pouvoir ne nous rend manifestement plus capable d'identifier un objectif accessible, la raison n'en est pas la disparition de l'alternative au capitalisme incarnée par le régime soviétique qui ne dispensait certains avantages sociaux qu'au prix de la privation de liberté, moins encore une transformation radicale dans notre compréhension de l'histoire et le culte du présent immédiat, mais la prédominance d'une conception fétichiste des rapports sociaux. A la lumière de cette analyse, Axel Honneth élabore les modifications conceptuelles nécessaires - notamment la "liberté sociale" - afin que les idées socialistes retrouvent leur virulence perdue.

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Clément Rosset : Esquisse biographique. Entretiens avec Santiago Espinosa

Encre marine - Septembre 2017


Dans ce livre, Clément Rosset s’entretient librement avec Santiago Espinosa sur divers sujets.

Dans une première partie, comprenant cinq entretiens, Rosset raconte avec humour les quatre épisodes marquants de sa vie l’ayant conduit à la réflexion philosophique. Il est ainsi question de son enfance, de son amour de la musique et de la littérature, de ses années de normalien et de son entrée à l’Université de Nice. Il y revient sur ses auteurs de prédilection, sur ses rapports avec l’Académie et avec les philosophes dont il a été le contemporain et parfois l’ami (Cioran, Deleuze, Jankélévitch, Descombes).

Dans une seconde partie, deux entretiens visent, au vu d’un certain nombre de contresens ayant été faits par des commentateurs à son égard, à clarifier et à détailler les concepts-clés de sa philosophie : le double et le réel. Il s’agit donc à la fois d’un livre biographique, où Rosset parle de lui-même, et d’un ouvrage de fond, où le lecteur trouvera, tantôt un supplément conceptuel aux livres qu’il aura lus de sa philosophie, tantôt une introduction et une invitation à leur lecture. (2016-12-21)

Clément Rosset (Carteret, 1939) a enseigné la philosophie de 1967 à 1998 à la Faculté de Nice. Œuvres principales : La Force majeure (Éditions de minuit, 1983) et Le Réel et son double, essai sur l’illusion (Gallimard, 1976). Dernier ouvrage paru : Faits divers (PUF, 2013).
Santiago Espinosa (Mexico, 1978) est docteur en philosophie et traducteur. Ses travaux ont comme centre d'intérêt le rapport entre musique, littérature et philosophie. Il a publié chez Encre marine Voir et entendre, critique de la perception imaginative (2016), préfacé par Clément Rosset.

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Anselm Jappe : La société autophage. Capitalisme, démesure et autodestruction

La découverte - Septembre 2017



Dans La Société autophage, Anselm Jappe s'intéresse au sujet narcissique-fétichiste, qu'il identifie comme la subjectivité propre au capitalisme de crise. La " critique de la valeur " élargit ici son discours à la sphère des structures psychiques, à la recherche du sujet même de la fétichisation de la marchandise. Ce livre s'adresse à tous ceux qui se préoccupent de la " pulsion de mort " de la société actuelle et qui pensent qu'elle est le résultat d'une véritable crise de civilisation.

Le mythe grec d'Érysichthon nous parle d'un roi qui s'autodévora parce que rien ne pouvait assouvir sa faim – punition divine pour un outrage fait à la nature. Cette anticipation d'une société vouée à une dynamique autodestructrice constitue le point de départ de La Société autophage. Anselm Jappe y poursuit l'enquête commencée dans ses livres précédents, où il montrait – en relisant les théories de Karl Marx au prisme de la " critique de la valeur " – que la société moderne est entièrement fondée sur le travail abstrait et l'argent, la marchandise et la valeur. 
Mais comment les individus vivent-ils la société marchande ? Quel type de subjectivité le capitalisme produit-il ? Pour le comprendre, il faut rouvrir le dialogue avec la tradition psychanalytique, de Freud à Erich Fromm ou Christopher Lasch. Et renoncer à l'idée, forgée par la Raison moderne, que le " sujet " est un individu libre et autonome. En réalité, ce dernier est le fruit de l'intériorisation des contraintes créées par le capitalisme, et aujourd'hui le réceptacle d'une combinaison létale entre narcissisme et fétichisme de la marchandise. 
Le sujet fétichiste-narcissique ne tolère plus aucune frustration et conçoit le monde comme un moyen sans fin voué à l'illimitation et la démesure. Cette perte de sens et cette négation des limites débouchent sur ce qu'Anselm Jappe appelle la " pulsion de mort du capitalisme " : un déchaînement de violences extrêmes, de tueries de masse et de meurtres " gratuits " qui précipite le monde des hommes vers sa chute. 
Dans ce contexte, les tenants de l'émancipation sociale doivent urgemment dépasser la simple indignation contre les tares du présent – qui est souvent le masque d'une nostalgie pour des stades antérieurs du capitalisme – et prendre acte d'une véritable " mutation anthropologique " ayant tous les atours d'une dynamique régressive.

Théoricien marxiste spécialiste de Guy Debord, Anselm Jappe est notamment l'auteur de Guy Debord (Denoël, 2001), Les Aventures de la marchandise (Denoël, 2003) et Crédit à mort (Lignes, 2004).

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mercredi 13 septembre 2017

Philippe Némo : Philosophie de l'impôt

PUF - Septembre 2017


En ces temps où les prélèvements obligatoires battent tous les records et atteignent, pour la première fois dans l'histoire des pays civilisés, quelque 50 % du PIB, il convient de remettre entièrement à plat les principes de la fiscalité. Il faut s'interroger sur les fonctions légitimes des impôts, leur volume souhaitable, leur juste répartition, enfin le type même de société que chaque conception de l'impôt tout à la fois reflète et engendre. Réflexions devenues rares en France depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, où ont paru triompher, avec l'accord de la plupart des partis politiques, les principes fiscaux inspirés par le socialisme marxiste ou modéré, le solidarisme et le keynésianisme. Une telle démarche ne prend tout son sens que si l'on dépasse le point de vue technique du juriste fiscaliste ou de l'économiste. En effet, la fiscalité n'est pas un phénomène autonome, mais un rouage de la vie politique, économique et sociale. A ce titre, les idées qu'on se fait à son sujet dépendent de celles qu'on se fait de l'Etat, de la société, de l'économie, et même de la nature humaine et de la liberté. D'où la nécessité d'une Philosophie de l'impôt.

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mardi 12 septembre 2017

Ginette Michaud : Derrida Celan. Juste le poème peut-être

Hermann - Septembre 2017 - Le Bel aujourd'hui


La poétique de Celan a profondément incisé la réflexion de Derrida, lui devenant indispensable pour repenser les questions de la date, de la crypte et du secret. De Schibboleth à Béliers et à son dernier séminaire La bête et le souverain, Derrida s’est aussi intéressé au poème celanien comme lieu d’une souveraine solitude, d’une souveraineté autre, peut-être, quand il parle de lui-même. Cet essai tente d’analyser la portée du deuil et de la dette contractés par le philosophe à l’endroit du poète. De la rencontre entre Celan et Derrida, nulle archive ne saura en témoigner. Ce mot, « témoigner », évoque une sorte de mot de passe secret entre eux : « Niemand/ zeugt für den/ Zeugen » et « Die Welt ist fort, ich muss dich tragen ». Ces deux vers, Jacques Derrida incitait ses élèves à les apprendre par cœur pour deux raisons : d’abord pour méditer sans fin le rapport à la langue, à l’idiome plutôt, de Celan, creusant, enfouissant, retournant sa langue dans la langue allemande ; ensuite pour mesurer – relever, dit Derrida – la nécessaire et impossible épreuve de la traduction, cette grande question qui est non seulement l’un des enjeux les plus importants de la « déconstruction » mais aussi le foyer d’une éthique de la lecture.

Ginette Michaud est professeur à l’université de Montréal. Membre du comité éditorial responsable de la publication des séminaires de Jacques Derrida, elle a coédité les deux volumes du Séminaire La bête et le souverain (2008 et 2010), de même que ses écrits sur les arts, Penser à ne pas voir (2013) et l’architecture, Les arts de l’espace (2015). Elle a consacré plusieurs essais à Derrida.

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Alain Badiou et Jean-Luc Nancy : La tradition allemande dans la philosophie

Nouvelles Editions Lignes - Septembre 2017


L’université des Arts de Berlin a réuni en janvier 2016 Alain Badiou et Jean-Luc Nancy pour parler, non de leur philosophie respective, mais de la philosophie allemande. Plus précisément, de la tradition allemande dans la philosophie. Grande tradition analysée et comparée par deux grands philosophes – français.
Philosophie allemande dont ils s’accordent à dire qu’elle a été grande au dix-neuvième siècle surtout. Qu’illustrent exemplairement les noms de Kant, Hegel, Fichte, Schelling, abondamment évoqués dans ce dialogue (Marx l’est moins, que ni Badiou ni Nancy ne tiennent exactement pour un philosophe). Le vingtième siècle y est également présent, que les noms de Heidegger et de Adorno représentent le mieux selon eux.
Vitesse, clarté, sauts permis par l’improvisation de l’échange oral, mais relu 
et enrichi par les intéressés.
Ce dialogue est le premier livre à deux voix entre Jean-Luc Nancy et Alain Badiou. Parlant de la tradition allemande, ils n’en parlent pas moins de leur propre philosophie.

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Claire Pagès : Norbert Elias

Les Belles Lettres - Septembre 2017 - Collection : Figures du savoir


Norbert Elias (1897-1990), sociologue juif allemand, lecteur de Freud, a produit une oeuvre atypique. Sa théorie du « processus de civilisation » – largement reconnue – propose une sociogenèse de la modernité qui articule le développement historique des sociétés et le réglage social de la vie affective.

L’originalité d’Elias est d’affirmer l’historicité de l’affectivité : la monopolisation progressive de la violence physique par l’État a induit une transformation lente de l’économie psychique et porté les individus socialisés à adopter des formes d’autocontrainte. Cette histoire processuelle connaît pourtant des stases et des reflux, et même des phases de « décivilisation ». Pour les comprendre, Elias prend en compte la singularité des situations historiques ainsi que la multiplicité des causes façonnant les moeurs des nations. Aussi confie-t-il à la collaboration des disciplines (de la sociologie avec l’histoire ainsi qu’avec la psychologie) la tâche de saisir l’ensemble des faits humains qui concourent à la constitution de la modernité.

Après avoir cerné la pensée d’Elias et les objections qu’elle suscite, le présent ouvrage montre qu’elle offre un appui précieux pour qui travaille à diagnostiquer les pathologies sociales contemporaines, dérivant de la constitution des hommes en « individus ».(2016-12-21)

Claire Pagès est maître de conférences à l’Université François Rabelais (Tours) et directrice de programme au Collège international de philosophie. Elle est l’auteur de Hegel & Freud. Les intermittences du sens (2015), Qu’est-ce que la dialectique ? (2015) et Lyotard et l’aliénation (2011).

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dimanche 10 septembre 2017

Jean Baechler et Pierre Delvolvé (dirs.) : Guerre et Droit

Hermann - Septembre 2017


La guerre est-elle productrice de droits ? Cette question, qui semble porter en soi une grande contradiction, voire une provocation – le droit étant au service de la résolution non violente des conflits, alors que le recours à la violence en général étant soit un déni, soit un défaut de droit –, mérite pourtant d'être examinée. En effet, toute décision d'entrer en guerre entraîne nécessairement des incertitudes, questionnements et problèmes à tous points de vue – affectation des ressources alimentaires, humaines, industrielles, militaires, etc. –, qui exigent de trouver des solutions, ceci relativement à un cadre de référence spécifique. Si ces solutions s'avèrent bonnes, elles deviennent alors la norme. La guerre serait-elle par conséquent le point d’origine de la normativité humaine, et donc du droit ? C'est l'hypothèse avec laquelle les spécialistes de diverses disciplines convoqués ici (histoire, stratégie, droit, développement des sociétés humaines) ont travaillé, et dont les études, couvrant une période allant de l’Antiquité à l’époque moderne, s’intéressent tant aux sociétés européennes qu'aux sociétés asiatiques et orientales.

Jean Baechler est professeur émérite de l'université Paris-Sorbonne et membre de l'Institut.
Pierre Delvolvé est professeur émérite de l'université Panthéon-Assas et membre de l'Institut.
Contributeurs :
Jean BAECHLER, Rémy BAZENGUISSA-GANGA, Pierre BONIN, Jérôme BOURGON, Philippe CONTAMINE, Bruno COTTE, Pierre DELVOLVÉ, Sophie DÉMARE-LAFONT, Jean-Louis FERRARY, Gilbert GUILLAUME, Peter HAGGENMACHER, Béatrice HEUSER, Jean-David LEVITTE, Mauro MANTOVANI, Albert RIGAUDIÈRE, Georges-Henri SOUTOU

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Mieke de Moor (dir.) : Socrate à l’Agora. Que peut la parole philosophique ?

Vrin - Juillet 2017


Ont contribué à ce volume : Dries Boele, Laura Candiotto, Leon De Haas, Anne Herla, Gaëlle Jeanmart, Lou Marinoff, Mieke De Moor, Isabelle Pariente-Butterlin, Thomas Polednitschek, Livio Rossetti, Kristof Van Rossem.

Les années 80 ont vu émerger un art de philosopher, plus soucieux de pratique de vie que de construction spéculative. Ce regain d’intérêt pour la philosophie pratique, et notamment pour la discussion et la délibération philosophiques, renouant avec le dialegesthai socratique, conduit à une réflexion fondamentale sur la fonction de la parole philosophique, une parole qui est aujourd’hui amenée à se produire en des lieux nouveaux et sur des questions qui sont d’abord de nature éthique et politique.
Le présent collectif, issu d’un colloque qui s’est tenu à Aix-en-Provence, recueille diverses contributions qui toutes s’interrogent sur ce « renouveau » et s’efforcent d’en apprécier le sens et l’ambition, en le rapportant à la figure exemplaire de Socrate philosophant sur l’agora. Cette rencontre d’une philosophie de nature académique et d’une pratique philosophique ouverte à chacun contribue à une meilleure compréhension des « dialogues socratiques » et à une meilleure intelligence du temps présent.

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Collectif : Le Christ à Port-Royal

Société des Amis de Port-Royal - Juillet 2017 - Chroniques de Port-Royal



Le sujet semble entendu : Port-Royal marque le règne du christocentrisme, théologie, spiritualité et apologétique se ramenant in fine à un discours sur le Christ. Le colloque réuni par la Société des Amis de Port-Royal, en octobre 2016, et dont les actes sont publiés dans le présent volume apporte plus que des nuances et souligne les paradoxes, les manquements et les divergences.
Les thèmes apparemment les plus classiques de l’imitation, du combat spirituel, du mystère de l’Homme-Dieu, du médiateur s’avèrent faire l’objet de traitements originaux, qui mettent en tension une christologie fondée sur la ressemblance et l’imitation, comme peuvent la défendre Nicole ou Arnauld d’Andilly, et une christologie que l’on pourrait qualifier de négative, comme celles de Pascal et de Barcos, qui ne veut dire du Christ que son incompréhensibilité sur fond d’une opposition « invincible » entre l’homme et Dieu.
C’est à éclaircir des points essentiels de l’histoire du christianisme mais aussi de l’histoire de la philosophie, de la littérature spirituelle et de la peinture, que se sont attaché les textes réunis ici. Port-Royal y signe avec force sa singularité, loin des catégories usées dans lesquelles le commentaire s’obstine à le ranger.

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samedi 9 septembre 2017

Arianna Sforzini : Les scènes de la vérité. Michel Foucault et le théâtre

Editions Le Bord de l'eau - Juillet 2017 - Collection : Diagnostics


Le théâtre dans l'oeuvre et la pensée de Foucault, ce n'est ni une simple métaphore pour caractériser des événements de sens ou des ruptures pratiques, ni un concept esthétisant qui dédoublerait l'idée de vérité pour la vider de ses prétentions épistémologiques, ni un réservoir d'exemples colorés pour illustrer des expériences historiques. Le théâtre, c'est un opérateur philosophique, une manière de penser autrement. Cet ouvrage montre à quel point, au fil des récits de Foucault, la vérité trouve dans l'histoire l'élément moins de sa réalisation que de sa mise en scène et, partant, de son indéfinie fragmentation : pluralité des voix, dramatiques des prises de parole, résistances et rébellions des corps, spectacles du pouvoir, tragique des vérités impossibles. Si le chemin que trace la vérité dans la vie des hommes relève à ce point de la représentation, du drame ou de la farce, c'est qu'elle n'est pas le reflet calme des choses. La vérité, c'est un trouble critique dans l'expérience de soi, c'est une performance politique. S'appuyant non seulement sur ses ouvrages publiés mais aussi sur un ensemble d'inédits, ce livre déploie le theatrum philosophicum de Foucault, et, plus largement, de la pensée contemporaine.

Arianna Sforzini est docteure en philosophie de l'Université Paris-Est Créteil et de l'Université de Padoue. Actuellement cher-cheure post-doctorale à l'Institute for Cultural Inquiry de Berlin et chercheure invitée à la Bibliothèque nationale de France, elle est la coéditrice de plusieurs volumes collectifs sur la pensée de Foucault et l'auteure de Michel Foucault. Une pensée du corps (Paris, Puf 2014).

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Patrick Tort : Théorie du sacrifice. Sélection sexuelle et naissance de la morale

Belin - Septembre 2017


Alors que le sacrifice paraît ne plus poser aux anthropologues de questions démesurément complexes, le sacrifice de soi demeure un mystère. Darwin lecteur de Kant y reconnaît avec ce dernier la forme la plus élevée de la vie morale. Cela le conduit par conséquent ce qui eût révolté Kant et toute la philosophie à explorer en naturaliste les manifestations de ses ébauches animales.
La propension auto-sacrificielle est indissociable du choix d'objet. Séduire expose, et qui s'expose se nuit. L'érotisme condamne à l'héroïsme, qui peut être indifféremment récompensé ou puni. La beauté de certains oiseaux mâles à l'époque des parades s'accompagne inévitablement d'un risque de mort sensiblement accru. Mais plus grand est le risque, plus forte aussi est la séduction. Le développement quasi hypertélique des bois du cerf accroît ses chances de conquête sexuelle et diminue simultanément ses chances de survie. Symétriquement, le « sentiment de la beauté » est né chez les femelles lorsque les indices ostensibles de la force des mâles ont commencé à exprimer plus que leur force réelle, en devenant des signes avantageux de cette force, au prix d'un affaiblissement certain, dissimulé sous l'affichage hyperbolique de son contraire.
En montrant comment la force apparente devient plus forte que la force réelle, ou comment les charmes l'emportent sur les armes, Darwin indique en vérité ce qu est, pour un naturaliste, l'origine du symbolique dans le champ délicat de la compétition amoureuse. Simultanément, il désigne l'origine du mensonge spécial par lequel tel mâle se rend irrésistible en se couvrant d'accessoires susceptibles de le conduire à la mort, et en s'annonçant de la sorte plus fort qu'il ne l'est. Celui qui recherche l'alliance doit se montrer ainsi disposé à mourir.
Le « don de soi » que l'éthique du christianisme place au fondement de l'autosacrifice du Christ peut-il dès lors être sans rapport avec ces modalités primitives de l alliance ? Le scénario freudien de la « horde primitive », qualifié à tort de « darwinien », où le meurtre politique du père précède et engage le renoncement pulsionnel des fils inventant l'égalité à travers l'institution communautaire de l auto-sacrifice, permet-il d'esquisser une réponse à la grande question de l'origine de la morale ? En juxtaposant d'une manière subtilement sacrilège le risque couru à travers l'oubli de soi lié aux paradoxes amoureux du monde animal et l'horizon moral kantien de l auto sacrifice volontaire, Darwin aide d'une manière décisive à concevoir cette réponse.

Patrick Tort, fondateur et directeur de l'Institut Charles Darwin international (www.darwinisme.org), chercheur au Muséum national d'histoire naturelle, lauréat de l'Académie des sciences, et agrégé de l'Université, docteur en littérature, docteur d'État en philosophie et en linguistique. Il a dirigé le Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution (PUF, 1996) et publié plus de cinquante ouvrages concernant principalement l'histoire et la théorie des sciences du vivant, mais aussi l'esthétique et les sciences de l'homme et de la société (dernier ouvrage paru : Qu'est-ce que le matérialisme ? Belin, 2016). Il est le maître d'oeuvre de la traduction française et de l'édition savante des oeuvres complètes de Charles Darwin.

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